Philippe Lévêque a fondé et dirige Ecofrugal, une entreprise qui a pour ambition d’encourager chacun d’entre nous à partager ses solutions pour consommer moins et mieux. En 2012, Il a autoédité Le Guide Ecofrugal dont la 2e version a été publiée par Marabout en 2015.

 

À quel moment de votre business avez-vous décidé d’écrire votre livre ?

Mon premier livre est en fait antérieur à la création de mon business. En 2008, je travaillais en tant que broker chez Merrill Lynch, une banque d’investissement. Progressivement, je m’étais spécialisé dans les énergies renouvelables et plus généralement les cleantech. Par ailleurs, chez moi, j’étais déjà « écofrugal » : j’avais récupéré tous mes meubles dans la rue, je me déplaçais à vélo. J’ai alors découvert Sodastream, une entreprise qui permet de faire de l’eau gazeuse à partir de l’eau du robinet et dont les cartouches de gaz sont consignées. C’est du circuit-court, il n’y a pas d’emballage et c’est économique. J’ai tout de suite pensé que ce genre de modèle devait être généralisé. J’avais envie de découvrir toutes les solutions économiques et écologiques existantes. J’ai cherché un livre sur le sujet, mais à l’époque il n’y en avait pas encore. C’est pourquoi j’ai décidé de l’écrire moi-même.

Comment avez-vous écrit ce livre ?

Je ne suis pas très doué pour écrire et j’avoue que c’est assez douloureux. Pour me simplifier la tâche, j’ai donc décidé de séquencer mon travail en découpant mon livre en 99 fiches. Chaque fiche me prenait environ 40 heures de travail. Pour chacune, le travail le plus important, ce n’était pas l’écriture, mais plutôt la recherche d’informations. En parallèle, j’ai lancé un blog pour commencer à publier des extraits de fiches et lancer un appel à témoignages sur les différents sujets dont traitait le livre. J’ai décidé de m’autoéditer car aucun éditeur n’était prêt à me suivre dans ce projet. Mon voisin qui est graphiste m’a aidé à mettre mes idées en forme et a fait la maquette du livre. La réalisation de ce livre a pris trois ans, car je travaillais toujours en parallèle. Après avoir quitté mon entreprise, je me suis lancé en 2013 dans un tour de France avec mon livre dont j’avais imprimé 2000 exemplaires. Pendant cinq semaines, j’ai visité de nombreuses librairies en leur proposant mon livre en dépôt-vente.

Comment votre livre vous a permis de développer votre business ?

J’ai toujours vu mon livre comme une première étape. En montrant aux gens que des solutions existent, mon ambition était d’accélérer l’adoption de nouvelles pratiques et d’accélérer ainsi la transition écologique à grande échelle. J’ai contacté les directeurs de la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) des grands groupes pour leur présenter mon livre. J’ai reçu un bon accueil, notamment chez Bouygues et Pepsi. Les entreprises ont ainsi commencé à me faire confiance en me demandant d’intervenir pour des conférences et en achetant des exemplaires de mon livre pour les offrir à leurs collaborateurs. Mon modèle économique était alors de vendre des formations et des conférences en m’appuyant sur mon livre. J’ai créé une entreprise plutôt qu’une association, car je voulais vraiment montrer qu’on peut concilier business et développement durable.

La deuxième version du Guide Ecofrugal a été publiée par Marabout en 2015.

Après avoir vendu 1500 exemplaires de mon premier livre, j’ai été repéré par l’éditeur Marabout qui m’a demandé d’en écrire une nouvelle version mise à jour. J’ai négocié un contrat tripartite entre Marabout, Ecofrugal et moi l’auteur, afin de pouvoir acheter des livres au prix de gros et les vendre. Aujourd’hui, 13 000 exemplaires ont été vendus dont 6 000 en direct grâce à de grosses commandes d’entreprises telles que Biocoop qui m’en a acheté pas moins de 1000 d’un coup. J’ai réussi à limiter mon contrat avec Marabout à trois années. L’année dernière j’ai donc pu récupérer mes droits d’auteur et proposer le guide en téléchargement gratuit sur le site d’Ecofrugal.

Quelle est aujourd’hui l’activité principale d’Ecofrugal ?

Nous proposons aux particuliers d’organiser des ateliers participatifs sur les différents thèmes de l’écofrugalité : zéro déchets, copropriété et alimentation. Nous mettons à leur disposition toutes les informations et une box de produits fournis par nos partenaires institutionnels et entreprises (Ademe, Nature et Découvertes, Nexity, Oscaro, Valdelia). Pour les particuliers, ces ateliers sont gratuits. Les retours des participants nous permettent de proposer à nos partenaires un observatoire des Français en matière de consommation durable. Nous réalisons également des ateliers payants en entreprise : « Mon Atelier Ecofrugal Office ». Les entreprises sont en effet de plus en plus désireuses de valoriser et d’écouter la voix de leurs collaborateurs sur l’environnement.

Quel conseil donnez-vous aux professionnels qui veulent écrire leur livre ?

Je pense qu’un livre professionnel ouvre énormément de portes, mais il ne doit pas être une fin en soi. Mon livre m’a donné de la légitimité et m’a permis d’asseoir mon rôle d’expert. Pour moi, ce n’était pas une destination, mais un merveilleux voyage.

« Écrire un livre professionnel ouvre énormément de portes »